Le succès repose sur trois pieds : le libre-service, les discounts, le tamtam publicitaire. Qu’un seul vienne à manquer et tout s’écroule.
Bernardo Trujillo

"En démesure"

Où l’on découvre un magasin qui déplace les foules.

Illustration : © Forco

Interview de Jacques Defforey
lors de l'ouverture du magasin Carrefour à Saint-Geneviève des-Bois en 1963
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15 juin 1963. Sainte-Geneviève-des-Bois, petite commune du sud de Paris, fait face à une affluence sans précédent. Au lieu-dit "Carrefour du Donjon", d’interminables files de voitures sont immobilisées. Un concert des Beatles ou des Rolling Stones serait-il prévu ?

Pas du tout ! Les gens font la queue pour accéder à un commerce d’un nouveau genre. Un "grand magasin libre-service" de 2.500 m2. C’est du jamais vu en France ! Dans les rayons, les clients choisissent parmi près de 20.000 produits différents, dont 3.500 alimentaires. Pour les fondateurs, Marcel Fournier et les frères Defforey, c’est un énorme pari. La veille, le premier lançait d’ailleurs "demain, soit je suis riche, soit je suis ruiné".

L’événement est si important que l’écrivaine Françoise Sagan a fait le déplacement. Elle est la marraine de ce magasin Carrefour. Un prêtre a même fait le déplacement pour bénir ce premier hypermarché français.

Le soir de cette journée historique, Fournier dû être rassuré sur l’avenir de sa fortune : attirés par les prix bas, 5000 clients sont venus faire les courses. Reste maintenant à réapprovisionner les rayons pour le lendemain et remplir les pompes à essence tombées en panne au cours de la journée. L’ère des grandes surfaces est lancée !

Vue du magasin Carrefour depuis le parking, Sainte-Geneviève-des-Bois, 1963, photographie / Photo : © Carrefour